Le dernier colloque de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (OBVIA) avait comme thématique La souveraineté numérique au Québec : concilier stratégie, éthique et intérêt public. Un sujet que je développe depuis 2022 à travers mes intérêts de recherche sur l’appropriation sociales des innovations technologique dans un contexte géopolitique d’un Québec pays.
Plus de 80 personnes étaient présentent à l’Université Laval pour cette événement.


La gouvernance numérique de l’État
Le professeur Guillaume Beaumier de l’ÉNAP a présenté une introduction de ce qu’est la souveraineté numérique soit « la capacité d’un État, d’une organisation ou d’un individu à exercer un contrôle sur ses données, ses infrastructures et ses usages dans l’espace numérique ».

Il a par la suite animé un panel avec Pierre Trudel (Université de Montréal), Audrey Leboeuf (Ville de Bromont) et Sandrine Lambert (Université Concordia).
Découverte : D’ailleurs, voici une vidéo avez plusieurs entrevues de chercheurs internationaux qui tentent de répondre à la question de la gouvernance de l’IA lors d’un colloque en 2025.
Gouverner l’IA et les nouvelles technologies | Guillaume Beaumier et invité·es | Rétroaction
Depuis 2023, je suis étudiant à l’ÉNAP. J’ai troqué ma quête de compléter mon doctorat à l’UQAM pour me recentrer sur deux microprogrammes à l’ÉNAP sur La gouvernance du numérique dans l’administration publique et la Gestion intégrée de la performance publique.
Transition numérique et écologique
Mon coup de cœur pour cet événement a été Annie Chaloux, politologue spécialisé depuis 15 ans en gouvernance climatique internationale et politiques publiques environnementales de l’Université de Sherbrooke.

Ses réflexions sont rigoureuses et inspirantes malgré le constat sans équivoque que notre époque est grandement turbulente au regard des changements climatiques et des innovations technologiques incontrôlées.
D’ailleurs, elle est cotitulaire de la Chaire de recherche en diplomatie scientifique climatique : savoirs, technologies et gouvernance.
Axe 1 — Diplomatie scientifique et transformations technologiques Cet axe étudie l’impact des technologies émergentes, comme l’intelligence artificielle, les plateformes de données ou le calcul quantique, sur les pratiques et les équilibres de la diplomatie scientifique. Il analyse la façon dont ces innovations redéfinissent la production, la circulation et la légitimité des savoirs climatiques dans les espaces multilatéraux et au sein des institutions internationales.
Dans sa présentation, elle a parlé de démocratiser l’accès à l’expertise, d’utiliser notre souveraineté comme un levier pour encadre les actions par nos choix, l’importance des choix d’allocation de l’énergie disponible et l’importance souvent oublié de l’eau. Nous en avons beaucoup, mais nous la gaspillons et des changements sont en cours.

Aussi de l’importance de faire de la contrainte climatique un principe structurant avec quatre conditions :
- Hiérarchiser les usages
- Encadrer les infrastructures
- Assurer la cohérence
- Éviter le techno-solutionnisme
Ses travaux sont alignés sur ceux de Chemins de transition de l’Université de Montréal et d’Espace pour la vie sur l’enjeu de la sobriété numérique. Ce travail incroyable est pertinent et réellement prospectif (réalisé entre 2020-2022). L’innovation technologique de l’intelligence artificielle générative et la course effrénée qui en résulte est une amplification sans borne des limites que nous subirons tôt ou tard. La « priorisation collective des usages du numérique » est LE plus grand défi devant nous comme société et gouvernement.
À travers mes années de collaboration avec l’organisme Communautique, j’ai été au fait et partie prenante du mouvement des Fablabs depuis 2011, des Fabcity depuis 2015 et de FabCity Montréal depuis 2021. L’alignement environnement-humain-technologie est indéniable et toujours pertinent aujourd’hui.
Le Fab City Summit – Fabriquer les communs (2021) a été une occasion de faire rayonner les multiples expertises et initiatives pour changer nos sociétés en partant des réalités et des contraintes physiques. Voici ma courte vision de la nécessité d’un nouveau modèle :
Démocratie numérique : intégrité électorale et débats publics
La présentation « L’exercice de la souveraineté numérique et la gestion des risques éthiques des systèmes d’IA pour la démocratie » est certainement la thématique la plus importante actuellement. Cette présentation de Luc Bégin, président du CEST, et de Kathia Légaré, conseillère en éthique des sciences et des technologies a permis d’entrevoir les résultats des travaux qui seront publiés en mai 2026 prochain.
La conférence intitulée « Les risques éthiques des systèmes d’intelligence artificielle (SIA) pour l’intégrité électorale et les débats publics » était très riche de réflexions.
La Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST) porte sur l’exercice de la souveraineté numérique en tant que capacité d’une communauté politique de faire ses propres choix en ligne comme hors ligne. Dans les espaces numériques — qui intègrent désormais des systèmes d’IA générative — les pouvoirs publics doivent adapter leurs façons de faire pour s’assurer du respect des principes et valeurs démocratiques, incluant le respect des droits et libertés.
Quelques éléments en vrac :
Les dysfonctionnements des espaces numériques
- Opacité du fonctionnement (permet l’utilisation de subterfuges trompeurs difficiles à détecter; et la dissimulation de l’identité derrière des comptes anonymes)
- Asymétries des capacités des utilisatrices et utilisateurs
- Inégalité de leur influence sur la circulation de l’information
L’intégration des SIA dans l’espace numérique
Les systèmes d’intelligence artificielle générative (SIA) sont des outils puissants, polyvalents et accessibles.
Trois catégories d’usages : 1) production presque automatique de contenus et d’hypertrucages (générateurs d’images), 2) Filtrage et sélection des contenus diffusés (agents conversationnels), 3) ciblage publicitaire des personnes sur la base de leurs activités en ligne (appuyé par l’analytique avancée).
L’accentuation des cyberviolences
- La majorité des hypertrucages sont sexuels (principalement les femmes et les filles, personnes candidates, figures publiques ou toute personne qui exprime un point de vue en ligne).
- Impacts sur l’exercice des droits et libertés, en particulier le droit à la vie privée et à la dignité, mais aussi à la liberté d’expression (effet potentiel sur le pluralisme et la diversité des idées débattues, sur la participation politique (droit de présenter sa candidature)
- Plusieurs plateformes tolèrent la production et la diffusion de ces contenus (ex. canaux spécialisé sur Telegram)
L’exercice de la souveraineté numérique
Constats :
- Grande variabilité des plateformes numériques et de la volonté de collaborer au respect des lois
- Un rapport de force défavorable avec les grandes entreprises du numérique (appuy par les États-Unis)
Solutions :
- Collaborer avec les démocraties ayant des valeurs communes, s’inspirer de ce qui se fait ailleurs et adopter des mesures proportionnelles, diversifiés et réalistes
- Trouver des mesures innovantes, mettre à jour les lois existantes (LCCJTI) et facilité leur application







Les résultats du rapport seront certainement très clairs et en lien avec le risque majeur que les citoyens et la population ne puissent plus faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui est faux.
Études sur l’éducation et l’intelligence artificielle
Un des partenaires présents était la Commission de l’éthique en science et en technologie du Québec qui ont un rôle majeur depuis plusieurs années. Malgré une petite équipe, ils travaillent sans relâche pour conseiller les décideurs publics québécois et contribuer à la réflexion sur les enjeux éthiques associés aux développements scientifiques et technologiques. En 2024, ils ont publié avec le Conseil supérieur de l’éducation le rapport Intelligence artificielle générative en enseignement supérieur : enjeux pédagogiques et éthiques.

Lors de cette journée, l’Obvia a publié sa 3e édition de « État de la situation sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle et du numérique – 2026 ».

Ce document interdisciplinaire propose un état des connaissances scientifiques structuré autour de ses sept axes de recherche et met en évidence l’ampleur croissante des effets de l’IA sur les sociétés contemporaines.
Un des constats importants concerne l’enjeu de la gouvernance.
« On observe aujourd’hui un affaiblissement de la capacité des États et de la société civile à orienter le développement et l’intégration de l’IA, alors même que les besoins d’encadrement, de transparence et d’imputabilité n’ont jamais été aussi pressants. »
-Tania Saba, directrice générale intérimaire de l’Obvia, titulaire de la Chaire BMO Diversité et gouvernance et professeure titulaire à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal
Les constats pour l’axe Éducation et capacitation (p. 27) sont importants à considérer sachant que l’évolution est très rapide au niveau technico-industriel de l’intelligence artificielle génératives.
- Institutionnalisation de l’IA : processus incomplet et forte hétérogénéité des réponses
- Fractures IA et reconfiguration des inégalités éducatives
- Effets sur les apprentissages et risques cognitifs émergents
- Développements technologiques récents et enjeux de gouvernance éducative
- Personnalisation algorithmique et équité éducative
- Assistance algorithmique vs développement cognitif
- Automatisation pédagogique vs autonomie professionnelle
Quatre questionnements importants pour les prochaines années :
- Quelles conditions d’acceptabilité pédagogique et sociale de l’IA en éducation ?
- Comment préserver le développement des compétences humaines à l’ère de l’IA agentive ?
- Quelle gouvernance éducative face à l’automatisation et à la concentration du pouvoir technologique ?
- Quelles interventions pour une approche capacitaire de l’IA en éducation ?
Ma contribution des dernières années
Des constats importants que j’explore dans mon rôle de conseiller pédagogique TIC (depuis 2019) au Collège de Bois-de-Boulogne au niveau institutionnel (plan stratégique, programme) et au niveau pédagogique (compétences et pratiques d’enseignement). J’ai contribué aux réflexions du prochain plan stratégique avec la notion de « résilience socionumérique » comme notre chemin pour s’adapter aux changements technologiques du numérique et de l’intelligence artificielle générative.

En terminant, je suis quelque peu triste de ne plus être directement dans le circuit de la recherche académique sur les enjeux numériques. Après 20 ans de recherche-action, en 2022, j’ai troqué mon chapeau de chercheur pour celui de militant afin d’amener des politiques publiques numériques rigoureuses à travers l’implication politique (Mes chemins vers l’innovation et la souveraineté numérique). Je poursuis ma contribution sociale d’une autre manière. Collaborons.
